Pourquoi les photos « ronde nue à la fenêtre » marchent mieux qu’un shooting porno

Je m’appelle Camille, j’ai 33 ans, et j’habite Laval. Pas le Laval de la Mayenne : Laval, Québec, juste au nord de Montréal. Je suis ronde. Pas « un peu pulpeuse sur les photos ». Ronde pour de vrai. Gros seins, ventre souple, cul large, cuisses qui se touchent. Longtemps, j’ai cru que le libertinage c’était un club pour les corps déjà cadrés. Des ventres plats. Des seins qui tiennent tout seuls. Des culs de catalogue.

Mon premier trio, je l’ai failli annuler trois fois. Pas par manque d’envie. Par peur de ne pas « rentrer dans le cadre ».

Le désir était là. Le doute aussi

L’idée n’est pas tombée du ciel. Un soir, après un verre trop long sur le boulevard des Laurentides, mon chum de l’époque m’a dit, presque en riant : « T’as jamais imaginé qu’on soit trois ? » J’ai ri. Puis j’ai mouillé. Puis j’ai fermé les yeux et j’ai vu trop de choses d’un coup : quatre mains sur mes hanches, une bouche sur mon sein, quelqu’un derrière moi qui prend mon cul comme on prend une promesse.

Le matin, le doute a parlé plus fort que le bas-ventre.

Dans ma tête, le libertinage avait un décor. Loft blanc. Miroirs. Femme lisse. Moi, je me voyais entrer dans la pièce avec mon ventre, mes bourrelets, mes seins qui pèsent, et tout le monde qui cherche où poser le regard sans être gêné. J’avais peur d’être « la grosse du trio ». Celle qu’on touche par politesse. Celle qu’on baise pour dire qu’on a testé une BBW.

Cette peur-là, elle est plus sale qu’un mot cru. Elle s’installe dans la gorge.

Laval, pas un fantasme d’île de France

On n’habite pas un film. On habite Laval. Stationnements de centres commerciaux. Motels discrets près de l’autoroute 15. Apparts où l’on entend le voisin sortir ses vidanges. J’ai d’abord cherché loin, comme si le plaisir à plusieurs ne pouvait pas exister ici. Erreur.

Le Québec a ses propres circuits. Des couples qui assument. Des femmes rondes qui ne s’excusent plus. Des hommes qui écrivent « j’aime la chair » sans mettre vingt smileys pour se racheter. C’est en cherchant un premier contact sérieux, pas un plan foireux de deux lignes, que je suis tombée sur SexeQuebec.ca. Pas un discours moral. Des profils. Des gens de Laval, de Montréal, de la Rive-Nord, qui disent ce qu’ils veulent : un trio, une soirée, un corps réel.

J’ai créé un profil sans filtre. Photo en soutien-gorge trop petit. Photo de mon cul de dos, jeans ouverts. Texte simple : ronde, chaude, curieuse, peur d’être de trop, envie d’être prise quand même.

Le premier message utile n’était pas « t’es bonne ». C’était : « On aime les femmes qui occupent l’espace. Si tu viens, tu ne seras pas le décor. »

Le couple qui n’a pas baissé les yeux

Elle s’appelait Nadia. Lui, Marc. Trente-huit et quarante et un ans. Eux aussi un peu en chair. Pas une publicité. Une femme aux hanches larges, un homme au regard calme. On s’est parlé une semaine. Ensuite un verre à Laval, en public, pour voir si le courant passait hors écran.

J’avais mis une robe noire qui tient mes seins sans les cacher. En m’asseyant, j’ai senti mon ventre plisser le tissu. J’ai eu envie de ramener mon sac sur les genoux. Nadia a posé sa main sur ma cuisse, très tôt, comme on pose une évidence.

T’as peur qu’on te compare à une image, m’a-t-elle dit. On n’est pas venus chercher une image.

Marc n’a presque rien ajouté. Il me regardait comme on regarde un plat qu’on a attendu. Pas avec pitié. Avec faim.

Le cadre, ce soir-là, a commencé à bouger.

La chambre, le miroir, mon corps en trop… puis plus assez

On a fini chez eux, un 3½ un peu trop chauffé, rideaux fermés, une bouteille ouverte qu’on n’a presque pas finie. Je me suis déshabillée la dernière. Toujours. C’est mon rituel de lâcheté : laisser les autres être nus les premiers pour mesurer l’écart.

Nadia était déjà à genoux quand j’ai enlevé mon soutien-gorge. Mes seins sont tombés, lourds, réels. J’ai croisé les bras. Elle me les a ouverts.

Elle a pris un sein dans sa bouche comme si c’était ça, le centre de la pièce. Marc s’est mis derrière moi. Ses mains ont encerclé mon ventre. Pas pour le cacher. Pour le tenir. Pour le pétrir. Pour me faire comprendre que cette peau-là faisait partie du désir, pas de l’obstacle.

J’ai entendu quelqu’un gémir. C’était moi.

Le premier trio, ce n’est pas une chorégraphie. C’est un désordre humide. Une bouche sur la mienne pendant qu’une autre descend. Un sexe contre mes lèvres pendant que des doigts s’enfoncent. Mon cul levé, enfin, sans que je demande pardon d’avoir un cul. On m’a prise sur le bord du lit, ensuite à califourchon, ensuite entre eux deux, coincée, offerte, trop grande pour « le cadre » et parfaitement à ma place.

À un moment, j’ai vu mon reflet. Ventre, seins qui balancent, bouche ouverte, cuisse d’une autre femme contre la mienne. J’ai cherché la honte. Elle n’était plus là. Il restait la chaleur. La salive. Le bruit de la peau.

On ne m’a pas « acceptée malgré ». On m’a baisée parce que j’étais ronde. Parce que ça change la prise. Parce qu’un corps comme le mien donne des appuis, des creux, du poids, du rebond. Parce qu’un trio avec une femme pulpeuse, ce n’est pas un plan B. C’est une autre densité.

Ce que j’ai compris trop tard

Le cadre n’existait que dans ma tête. Le libertinage, à Laval comme ailleurs, n’est pas un concours de minceur. C’est une pièce où l’on entre avec son vrai corps, ou l’on n’entre pas.

J’avais peur d’être de trop. J’étais exactement assez. Assez de chair pour deux bouches. Assez de cul pour une main et une verge. Assez de voix pour dire plus fort, plus profond, reste.

Depuis, je ne me vends plus comme « ronde mais jolie ». Je me présente comme ronde. Libertine. De Laval. Disponible pour un plan à trois quand l’envie est nette, le respect aussi, et que personne ne me demande de rentrer le ventre pour mériter d’être touchée.

Si tu es une ronde et que tu hésites encore

Tu n’as pas à maigrir pour un trio. Tu as à choisir des gens qui bandent pour ce que tu es déjà. Tu as à nommer tes limites. Tu as à rester si c’est bon, partir si ça sent le zoo.

Mon premier trio n’a pas « corrigé » mon corps. Il l’a utilisé. Avec plaisir. Avec brutalité douce. Avec cette phrase que je n’oublierai pas, murmurée contre mon oreille pendant qu’on me prenait des deux côtés :

T’es pas dans le cadre. T’es le cadre.

Voilà. Laval. Une chambre trop chaude. Une femme ronde qui avait peur d’entrer. Et qui, ce soir-là, n’est plus sortie pareille.

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